La plus vieille Monnaie d’Échange

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L’argent gratuit et les taux négatifs semblent être les seuls et derniers leviers d’une économie florissante en ces temps troublés… et dès lors, on ne voit vraiment pas ce qui pourrait mal tourner !
Pour s’en convaincre, il suffit par exemple de regarder cette vidéo dans laquelle deux banquiers expliquent de façon très claire comment et pourquoi le système actuel est aberrant et peut à tout moment (et va) imploser :

(oui, ça dure 2 h 30, mais c’est vraiment intéressant)

Mais alors, si on ne peut plus avoir confiance en la monnaie fiduciaire, que reste-t-il à la civilisation ? L’or ? L’argent ?

Il est une monnaie d’échange, la plus ancienne de toutes, qui demeure stable et fiable en tous temps, en période de guerre comme en pleine paix, et même qui retrouve sa pleine vigueur durant les crises les plus dures ; ça n’est d’ailleurs pas pour rien qu’elle est la monnaie d’échange des plus pauvres : la main !


« Donner un coup de main » dit-on. Mais le don est rarement à sens unique. L’entraide rend bien davantage débiteur, moralement, que le prêt d’une somme d’argent : car la main est chaleureuse tandis que l’argent est vulgaire.

C’est vrai : le coup de main est difficilement quantifiable. Pour la bonne et simple raison qu’il ne s’inscrit pas dans une dynamique comptable. Le coup de main vient en aide, à un moment donné, dans la mesure de ses compétences, de son énergie et de son temps. Point. Il permet à celui qui le reçoit de se sortir d’affaire, de réaliser ce qu’il faisait, peut-être plus vite ou mieux même. Et en contrepartie, le coup de main nous reviendra lorsque le besoin s’en fera sentir, dans les mêmes conditions.

Ah bien sûr, le coup de main n’est pas « tradable » sur les marchés internationaux ! Mais il est parfaitement adapté au groupe humain à mon sens le plus efficace et gérable : le clan.

En ce moment, là où je vis, c’est l’ensilage. C’est-à-dire que d’énormes ensileuses rasent les champs de maïs et broient tiges, feuilles et épis en petits morceaux pour les projeter dans des remorques tout aussi gigantesques.

photo : Claas

Les tracteurs font un ballet incessant d’aller-retours pour benner leur cargaison dans des silos, généralement en béton (silos couloirs), mais parfois aussi à même le sol (silos taupinières). D’autres tracteurs tassent alors le maïs en roulant dessus.

Tassage

Chez mon voisin éleveur, c’est 250 tonnes de maïs qui ont ainsi été mises en silo et tassées. 200 autres viendront s’y adjoindre dans une semaine.
Les ensileuses sont pilotées par des professionels d’entreprises payées pour l’occasion, mais mon voisin a mobilisé son réseau de collègues, lesquels sont venus lui donner un coup de main, chacun avec son tracteur.
Et lui, en retour, ira leur donner un coup de main quand ils feront à leur tour l’ensilage.

Mais une fois le maïs en silo, l’affaire n’est pas réglée pour autant.
Le maïs fourrager doit lacto-fermenter, en mode anaérobie (sans oxygène) : il se conservera ainsi longtemps (un an) et sera bien plus digeste pour les bêtes que le maïs vert.
C’est donc afin de chasser le plus d’oxygène possible qu’il est tassé au maximum. On va ensuite le recouvrir de bâches en plastique qui empêcheront les échanges avec l’atmosphère. De la sorte, on obtient l’équivalent d’une choucroute, mais avec du maïs.

Et c’est là que nous intervenons.
Tout d’abord, il faut égaliser autant que possible la surface du tas de maïs, pour éviter les poches d’air.

égalisation

Puis étendre les bâches, qui font 120 m² chacune (10 x 12 m). Autant vous dire que le moindre coup de vent peut s’avérer compliqué à gérer.

bâchage

Enfin, il faut lester tout ça, pour empêcher les bâches de bouger dans le temps ou de se soulever avec le vent, mais aussi pour continuer de peser sur le maïs.
Il faut donc répartir un maximum de poids sur les bâches, soit à l’aide de maërl ou de sable, voire de terre, qu’on étalera à la pelle, soit avec des boudins et des pneus. Sur les silos sans maërl, on ajoute aussi des filets assez costauds, pour éviter que les corvidés viennent piquer la bâche plastique et y faire des trous.

le maërl est sur la bâche
boudins et pneus sur les filets

Des parpaings viennent sur tout le pourtour du silo pour empêcher le moindre courant d’air de se faufiler sous la bâche.
Ça n’a l’air de rien, vu de l’extérieur, mais c’est pour le moins physique !

C’est l’un des quelques gros coups de main que nous donnons à notre voisin éleveur. Ça ne nécessite aucune compétence particulière, juste de l’énergie et du temps.
Seul, il ne pourrait pas le faire. À trois, ils mettraient deux jours. Là, à cinq, ça a été bouclé dans la journée.

le silo n° 3 totalement couvert

La contrepartie ? Rien de chiffré, ça ne fonctionne pas comme ça.
Si ce n’est que, le midi, nous avons été accueillis à la table familiale pour un repas  particulièrement roboratif ! Les ouvriers sont bien nourris, au point qu’ils ont un peu de mal à se bouger le cul pour remettre la machine en route !
Concrètement, les différents coups de main sur l’année, petits et gros, nous permettent d’avoir accès à volonté à du foin, de la paille, du blé et de l’avoine. Quand on a poules, chèvres, vache et veau, c’est tout sauf négligeable ! Bien évidemment, nous n’abusons pas de ce « à volonté ».
Mais surtout, on sait qu’en cas de besoin, il suffira d’appeler le voisin et on pourra compter sur un coup de main !

EDIT : dans un même ordre d’idée, bien qu’un peu différent, hier, au moment où je mettais cet article en ligne, un ami est passé à la maison. Il revenait d’une promenade en forêt et était donc accompagné d’un panier rempli de champignons : cèpes, pieds de mouton, chanterelles… Il m’en a laissé trois bons kilos. S’il ne m’a absolument rien demandé en échange, je n’allais tout de même le laisser repartir avec un panier vide ! Aussi a-t-il désormais une bouteille de lambig pour lui tenir compagnie 😉

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